dateimg

Tu as raison, toi aussi

- Philosophie

- IA, éthique, logique, robot, automates, tortue

Ce qui est amusant avec l'intelligence artificielle, c'est qu'elle nous amène à devoir programmer des réponses pour des questions auxquelles aucun humain ne s'est réellement mis d'accord. En fait, nous nous voyons obligés de répondre à des questions qui n'ont pas vraiment de réponses.

Par exemple, si un robot se trouve dans une mauvaise posture, et le geste qu'il doit poser tuera soit la personne à gauche, soit la personne à droite, quelle direction doit-il choisir?

Au hasard me direz-vous peut-être? D'accord, alors supposons que le robot doit tuer soit deux personnes à droite, soit une seule personne à gauche, laquelle est préférable?

Sauvons le plus grand nombre et allons à gauche!, me direz-vous peut-être? Supposons maintenant que les deux personnes à droite sont très âgées alors que la personne à gauche est un jeune enfant. Quelle direction?

Ça se corse. Complexifions encore. Supposons que le robot détecte qu’une des personnes âgées à droite est une grande médecin qui a sauvé des milliers de vies. Supposons que le robot détecte que l’enfant à gauche est malade et a une faible espérance de vie.  Supposons encore que le robot calcule qu’il a 3 chances sur 4 de tuer les deux personnes à droite, et 1 chance sur 3 de tuer la personne à gauche… Quelle direction alors?

À ce stade, les humains ont depuis longtemps décroché et pour répondre se sont tourné vers leur instinct, leur coeur, leur culture, leurs valeurs … des concepts abstraits qui ne veulent pas dire grand-chose pour l’automate, qui se fie sur du concret, du numérique, du quantifiable…

Si l’intelligence peut se concevoir artificiellement, il n’en va pas de même de l’éthique. Je m’accroche à cette idée, qui me rassure et me réconforte… pour l’instant.

Le conte suivant est issu de la sagesse bouddhiste (ou juive selon les sources). Il me revient en mémoire chaque fois que j’entends parler du raffinement du processus décisionnel des automates.

 

turtle

Tu as raison, toi aussi

Trois moines se promenaient dans le jardin. L'un d'eux, apercevant une petite tortue, s'apprête à l'écraser quand le second moine le retient.

- Attention, tu as failli écraser cette tortue, lui dit-il.

- Oui, je sais, je l'ai fait exprès.

- Mais pourquoi vouloir tuer cette pauvre tortue?

- C'est une nuisible. Elle mange les salades que notre frère jardinier cultive. Il se donne beaucoup de mal pour soigner le jardin et nous offrir ses récoltes.

- Mais cette tortue fait partie de ce monde. Elle a droit de vie tout comme l'oiseau qui picore les graines, ou le renard qui chasse les poules!

Voyant que leur point de vue divergeait complètement, ils se tournèrent vers le troisième moine, qui avait gardé le silence, et suivait la discussion.

- Et toi, qu'en penses-tu?

Le troisième moine réfléchissait à une réponse à donner, mais pour lui, l'un comme l'autre avait de bons arguments. Il proposa aux autres d’aller voir le grand maître, qui dans sa grande sagesse saurait trouver lequel des deux a raison. Les deux autres moines acquiescèrent, et il partirent de ce pas voir le Grand Maître.

- Grand Maître, dit le troisième moine, mes amis ont un différent, et je ne peux trouver lequel des deux à raison.

- Eh bien, dit le Grand Maître, je vous écoute.

- J'ai voulu écraser une tortue dans le jardin. C'est un nuisible qui mange les salades que notre frère jardinier essaye de faire pousser. Il travaille dur au jardin, et cette tortue détruit le fruit de ce dur labeur, dit le premier moine.

- Oui... tu as raison, dit le Grand Maître.

- Mais cette tortue a le droit de vivre, si elle mange les salades, c’est pour subsister. Ainsi est faite la nature! s'écria le deuxième.

- Oui, tu as raison, dit le Grand Maître.

Le troisième moine intervint alors:

- Mais Grand Maître, vous donnez raison à mes deux amis alors que leur point de vue est opposé! Si l'un a raison, l'autre a forcément tort!

Et le Grand Maître lui répondit:

- En effet… tu as raison, toi aussi.

 

turtle walk

 

La logique classique, dont les origines remontent à
Artistote, se fonde sur 4 règles de base:

- L'identité: Une chose est ce qu'elle est, et pas autre chose.

- Non-contradiction: Il est interdit d'affirmer une chose et son contraire.

- Le tiers exclu: Entre deux propositions contraires, il n'y a pas d'intermédiaire.
(L'une est vraie, l'autre est fausse)

- Raison suffisante: Rien n'est sans raison, tout ce qui est a une raison d'être
et tout ce qui n'est pas a une raison de ne pas être.

La logique dialectique et la logique dite floue viendront apporter des nuances
et des alternatives à la logique classique.

Mais la logique, plus qu'un raisonnement particulier, se réfère à un ensemble
de règles et de principes régissant la construction de la pensée,
établissant la possibilité d'élaborer une argumentation ou une démonstration.

De ce point de vue, non seulement il n'existe pas tellement
de logiques diverses, mais en plus la plupart du temps, nous
ne sommes pas conscients de la logique que nous utilisons. Soit
son utilisation en est très intuitive et très vague, soit elle est inexistante.

Qu'en sera-t-il des automates?

img_ref


dateimg

De cause à effet

- Philosophie - Citations

- effet papillon, fer à cheval, théorie du chaos, Franklin

img_ref

À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue
Tout cela pour un simple clou...

(Maxime de Benjamin Franklin, 18ième siècle)

iron horse


 

Très peu de cause peut avoir beaucoup d'effet, ce qui confère à la fourmis comme à l'humain, et à tout être ayant le contrôle de ses actions, un pouvoir extraordinaire...

 

 

 

 

 


dateimg

Ballade dans l'est

- Messages personnels - Non classés

- mont, montagne, paysages, voyages, composition

img_ref

Curieux voyage que celui qui m’amena dans les régions montagneuses de l’est, en Gaspésie, pour un camping sauvage. Parti en compagnie de Dame de la Solitude, et de son amie la Bouteille, nous avions convenu que l’un de nous chaperonnerait les deux autres. Manifestement, quelqu’un s’est oublié… Ah, la route de l’est… Selon Werber, les aventuriers qui partaient vers l’est cherchaient à trouver les origines du soleil, et métaphoriquement, les siennes propres… Je n’ai rien d’un aventurier...

Après un voyage tranquille, et après avoir installé le campement, la première nuit me parut sans histoire, mais la seconde fut le théâtre d’une scène étrange. Je gribouillais tranquillement, cherchant l’inspiration dans la chaleur bienveillante du feu et de l’alcool, quand j’aperçus soudain une curieuse lumière bleue qui perçait à travers la forêt. Cette lumière grandissait de plus en plus, et elle était trop bleue et trop diffuse pour provenir d’une lampe de poche. Et elle avançait trop vite, indépendamment de la végétation dense. Et elle venait à ma rencontre!
C’est un spectre à l’air sévère et aux vieux habits usés qui émergea de la masse d’arbres, inondant l’environnement de sa lumière. J’étais pétrifié par un mélange bizarre de peur et de détachement. Le spectre s’adressa à moi dans un français ancien que je ne saurais reproduire:

- Que fais-tu, étranger, sur cette terre maudite?

Presque en transe, j’eus pour réponse:

- Je ne suis qu’un voyageur solitaire cherchant le repos de l’âme.

Le fantôme changea d’expression, semblant tout à coup à la fois triste et compatissant.

- Tu le trouveras peut-être au sommet du mont Xalibu, dit-il en tournant les talons.

- Nous pourrions nous y rejoindre, lançais-je au spectre sans trop réfléchir.

Déjà loin, il répondit sans s’arrêter:

- Il est trop tard pour moi…

Et à mesure que s’évanouissaient dans la forêt les lueurs ectoplasmiques, la lumière orangée du feu reprenait ses droits. Abasourdi, je fixais le creux des bois en me disant que personne n’y croirait jamais, pas même moi lorsque j’aurai dégrisé. Délire d’ivrogne, me diraient-ils. Délire d’ivrogne, leur répondrais-je.

Je ne tiens pas à suivre les conseils d’une hallucination, mais la montée du mont Xalibu était déjà au programme tôt le lendemain.
Ce fut une randonnée des plus inspirantes. Hypnotisé par l’immensité des montagnes flirtant avec l’immensité du ciel, de son soleil et de ses quelques nuages vagabonds, j’eut tôt fait d’atteindre le sommet sans même m’en rendre compte. Le souffle coupé par la montée et par la beauté du paysage, je suis resté contemplatif de longs instants. Jusqu’à sentir une présence à mes côtés.
Une jeune femme s’était accoudée à la barrière, fixant comme moi le magnifique panorama. Elle s’est tournée vers moi l’instant d’un sourire. Elle avait de grands yeux azur. Ceux-ci contrastaient avec ses longs cheveux aussi noirs et sans reflet que le fusain, et qui ondulaient sous la brise. Elle dégageait quelque chose de profondément doux et serein. Après un court instant de recueillement, je fus pris d’une audace peu coutumière. Je dis comme pour moi-même:

- Il y a de ces moments qui marquent l’esprit. Il y a de ces images qui s’imprègnent en nous. Comme si une partie de nous-mêmes y tenait plus qu’à tout autre souvenir...

Je me tournai vers la jeune femme pour croiser son regard.

- Jamais je n’oublierai ces montagnes, ce ciel. Jamais je n’oublierai l’ombre des nuages glissant sur ces vallées verdoyantes. Jamais je n’oublierai leur reflet dans vos yeux. Je conserverai ces images précieusement dans ma mémoire, et m’en servirai comme baume pour ces jours où je serai de nouveau affligé par l’absurdité de l’existence. Car je réalise que, même si jusqu’à maintenant je n’ai pas trouvé des tas de raisons d’exister, je me dis que peut-être est-ce pour voir tout ça qu’on m’a mis ici…

La jeune femme eut alors un sourire déçu et sincère, et elle me dit sur le ton de la pitié, avec un accent du sud:

- I’m sorry. I… I don’t understand french.

Voyant que je ne savais trop que répondre, elle poursuivit:

- But hey... have a nice day!

Après un dernier sourire, elle alla rejoindre des amis plus en retrait. Il y a de ces moments qui marquent l’esprit, me répétais-je. Il y a de ces foutus moments qui marquent l’esprit…

Le soir venu, épuisé par une journée de randonnée, bourré au rhum, je jetais dans le feu une centième page noircie d’encre. Je cherchais à y décrire les yeux de la jeune femme. Ils avaient la profondeur et l’immensité du ciel, et aussi une particularité précieuse de certains iris bleus: celle de s’auréoler de noir lors des beaux jours d’été. Mais peu importe ce que j’écrivais, rien ne me paraissait digne de ce que j’avais observé. Rien ne me paraissait décrire fidèlement le fond de ma pensée. Tout finissait dans le feu, me laissant vain et frustré.
J’ai compris depuis longtemps qu’on peut voir la perfection, mais on ne peut pas la regarder. On peut l’entendre, mais on ne peut pas l’écouter. On peut suivre sa trace, mais jamais la saisir. Plus on essaie et plus elle se dérobe, jusqu’à ce qu’on devienne fou à essayer de l’atteindre. Et on s’use l’esprit à essayer quand même, abusé par l’impression de s’en approcher petit à petit...
Une page de plus dans le feu, et l’envie de m’y jeter moi-même. Je suis seul dans la nuit, sous une couverture d’étoiles, dans l’aura chaleureuse de mes écrits qui s’enflamment, espérant peut-être que se manifeste le fantôme de la veille. Mais l’ivresse me poussa au sommeil avant de me faire délirer.

Et voilà où j’en suis. Je sens sur ma peau un curieux vent de changement, mais je reste toujours triste et fatigué, comme un serpent qui conserve ses motifs malgré la mue. J’ai tout remballé très tôt ce matin et j’ai pris le chemin du retour: la route de l’ouest. Je laisse derrière moi une partie de moi-même, quelques chimères, les cendres de ce qui était peut-être ma plus belle oeuvre, et une bouteille vide. Je garde en moi le souvenir de ces collines, de ces monts et vallées, et des sourires de la jolie Ricaine.

Je vois pointer dans le rétroviseur les premières lueurs de l’aube. Je tournerai le dos à l’aurore, tout en sachant que même en gardant le cap à l’ouest, en fin de journée, je serai aveuglé par le crépuscule. Je me souviens alors de ce que disait Léo, quand il m’entendait rager contre le temps qui passe: « À courser contre le soleil, on en sort toujours perdant, c’est le lot de tous les vivants. Le temps fait ce qu’il a à faire et se fout bien de ce que tu en penses. Tu te porteras mieux si tu en fais autant avec lui… » Comme tu me manques, cher Léo…

C’est l’après-midi. Je me suis arrêté dans cette petite halte routière, perdue au milieu de nulle part. J’ai senti subitement l’urgence de devoir consigner l’histoire des derniers jours. Pour essayer d’y trouver un sens. Pour essayer de faire le point. Pour essayer de mettre de l’ordre dans mes idées. Pour essayer de faire le vide. Je ne sais plus depuis quand je suis là à griffonner ce texte. Ma vue s’embrouille. Je suis étourdi. La fatigue du voyage, peut-être. J’entends, à travers le bruissement des feuilles, des rires d’enfants, mais l’endroit est désert. Je vois l’ombre des tilleuls, qui me semble propice au sommeil. Je crois que je vais aller m’y étendre quelques instants avant de reprendre la route.

 

 
xalibu

dateimg

Il n'y a pas d'amour heureux

- Art - Citations

- plume, sang, amour, bonheur, chanson, poème

img_ref

Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure 
Je te porte dans moi, comme un oiseau blessé 
Et ceux-là sans savoir, nous regardent passer 
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux, tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux...

Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux...

 

retenez_larmes
 

plume

 

 

 

 

 

Extrait Il n'y a pas d'amour heureux... Louis Aragon


dateimg

5 noeuds critiques

- Post-apocalyptique

- noeuds, survie, bateau, pratique, charge, corde

img_ref

 à connaître

Le noeud en 8 permet de verrouiller la fin d'une corde pour l'empêcher de passer par une boucle ou une poulie. Il permet aussi de faire un léger poids au bout de la corde, pour mieux la projeter.

figure8

Le noeud de chaise est utilisé pour faire une petite boucle non coulissante à attacher autour d'un objet.

bowline

 

Le constricteur est utilisé pour attacher une charge.

constrictor

Le noeud d'écoute est utilisé typiquement pour attacher deux cordes ensemble.

sheetbend
 

Le two half hitches est utilisé pour amarrer un bateau.

twohalfhitches


retourner en haut de la page

Oh the sky overhead, it's like - a canvas of grey. I don't know how much time I'll be given to stay. From the first spring of light, 'til the end of the day I'm just livin' my life, 'til they come carry me away!

Cypress Hill